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Faire du feu en bivouac, est-ce possible ?

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En France, nous possédons un patrimoine naturel incitatif à la randonnée et à la découverte. Passé l’enjeu de la protection environnementale et de la gestion des déchets, vivre dans la nature même deux jours, implique d’assouvir les besoins du corps humain. Les plus importants, manger, boire, dormir, se protéger… impliquent tous d’avoir un feu !

Un feu oui… mais un feu comment ?

Sans tergiverser, on parlera ici d’une flamme ouverte ayant comme finalité de tenir plusieurs minutes. Donc pas simplement un briquet ou une allumette, mais une source de chaleur durable et efficiente. Dans le milieu du bushcraft on utilise trois types de feu pour la cuisson ou le chauffage du groupe : le réchaud à gaz, le réchaud à bois et le feu ouvert. Saluons la tentative louable de certaines sociétés (par exemple Solar Brother en France) de proposer des fours solaires qui permettent de cuire des aliments sans flamme, mais qui nécessitent d’avoir du soleil pour fonctionner. Bien entendu on peut s’en tirer en anticipant,  cuisiner la nourriture en journée et la consommer le soir, pareil pour purifier son eau, mais en itinérance cela se complique. Restons-en donc à nos trois moyens sus-mentionnés, qui de toute façon nous le verrons plus tard, sont tous dans le même panier au niveau de la législation nationale.

Le réchaud à gaz

faire du feu avec un rechaud

Très usité dans le bushcraft itinérant, assimilable à de la randonnée. Il est pratique car il ne laisse pas de traces au sol, permet le contrôle de la combustion (fort, faible) et surtout de ne pas faire s’envoler de braises un peu partout. Cela limite grandement le risques d’incendies et tranquillise le législateur. Enfin, il permet d’allumer rapidement un feu, de cuire puis de tout ranger sans avoir à mettre en place ou ranger un foyer.

Son gros point faible, est qu’il nécessite une cartouche remplie de gaz pour fonctionner. Cela implique de devoir porter l’embout et la cartouche, et d’être à sec quand elle est vide. Il faut donc calculer minutieusement ses besoins pour emporter l’essentiel. Adieu les envies de liberté car vous serez dépendant de la ressource en gaz (soit vous en porterez trop inutilement, soit vous serez à sec).

Il n’y a pas à ce jour de législation nationale interdisant spécifiquement le réchaud à gaz, mais il y a fort à parier que les agents des forêts publiques l’assimileront à un feu car il « porte la flamme » comme le disent les textes. Il faudrait trouver des jurisprudences ayant condamné ou relaxé des randonneurs qui ont été arrêtés pour ce fait précis.

Autre point faible, qui pour moi rattrape aisément le danger de feu qu’il représente, la gestion des déchets spécifiques. Une cartouche de gaz ne devrait pas être simplement jetée à la poubelle, mais ramenée au magasin ou abandonnée dans une déchetterie, ou mieux encore, dans une station essence habituée aux déchets de type gaz. Hors en randonnée… ce genre de lieux ne coure pas les rues, donc vous porterez les cartouches jusqu’à la fin du séjour. Poids et encombrement assurés.

Enfin, l’embout de votre réchaud ne fonctionnera qu’avec certaines marques (embout à visse = cartouche à visse ; embout à percuter = cartouche à percuter). Heureusement la situation s’est stabilisée en France depuis 5-6 ans. Si vous avez moins de 25 ans vous avez peut-être loupé le plus grand scandale du monde de la randonnée française des 50 dernières années.

Il y avait un monopole toutes ces années dans notre pays de la part de Campingaz. Or, ce fabricant ne faisait que des cartouches à percuter, indémontable avant d’être vides donc (le top pour le rangement…). Mais 90 % des fabricants étrangers étaient passés aux cartouches à visses (démontables à souhait). Tout randonneur étranger débarquant en France en avion ou parfois en car/train, ne pouvait pas amener ses cartouches de gaz. Ils pensaient les acheter en France, et hop ! Mais non, il y avait incompatibilité : il leur fallait acheter un embout Campingaz, unique embout compatible avec les seules cartouches trouvables en France. Un business lucratif qui a duré des dizaines d’années jusqu’à récemment l’introduction dans les grands magasins d’outdoor, des marques étrangères (Coleman, Optimus, Primus) et surtout d’embouts à visse très pratiques (le MSR Pocket a ma préférence, sans hésiter). On trouve de moins en moins de cartouches à percuter donc si vous avez le vieil embout de papi, faîtes des stocks ou envisagez un nouvel achat.

Le réchaud à bois

Alternative plus naturellement accessible que le gaz, il est souvent utilisé en bushcraft itinérant ou fixe, selon son poids. On assiste depuis 4-5 ans à son arrivée massive sur les sites dédiés au bushcraft et à l’outdoor. Les marques essaient d’innover pour se détacher des autres, mais finalement cela reste 4 murs et un plancher, tout de métal, légers et démontables, qui reproduisent un barbecue de poche. On les nomme « bushbox » en anglais.

Ils sont pratiques c’est une évidence, rien que sécuritairement parlant, ils évitent aux braises de toucher le sol donc limitent le risque d’incendie. Ils condensent la chaleur du foyer en un endroit pour augmenter l’efficacité des flammes et donner un feu vif, rapide à prendre, rapide à chauffer la nourriture / l’eau. Grâce à cela, il consomme moins de bois qu’un foyer ouvert, bon point écologique.

Enfin, avec une interprétation large, on pourrait juridiquement les assimiler à un feu sur-élevé (type barbecue) qui dans certains départements ayant un arrêté préfectoral interdisant le feu en été, sont parfois autorisés. On y trouve le barbecue et la table à feu, raison pour laquelle les scouts arrivent souvent à négocier le feu sur leur campement malgré un arrêté préfectoral (rien de magique, juste savoir lire un arrêté). Dans les autres départements, il est évident que l’impact visuel de tomber sur un bushcrafteur utilisant un réchaud à bois, diminuera l’énervement d’un propriétaire ou d’un agent public.

Toutefois, il ne faut pas se leurrer, un feu dans une boîte reste un feu, à la différence du réchaud à gaz qui pourrait remporter une négociation sur « amende ou pas amende », le réchaud à bois possède des braises, du bois, de la chaleur mal contrôlée. C’est un feu, et il est interdit partout où le feu est interdit. Cela est dommage car il représente à mes yeux la meilleure alternative possible au feu classique. Sa combustion efficace, augmentant la température du foyer, diminue le relâchement des gaz qui brûlent mieux et diminue également le risque de braises volantes.

Au niveau des défauts ils sont peu nombreux mais peuvent gêner certains. C’est assez petit comme boîte, donc on n’y met pas beaucoup de bois d’une part, et on n’y pose pas de grosses gamelles d’autre part. Afin d’alléger et d’optimiser au maximum, ils sont pleins de trous et sont démontables. Dans ce sens, ils peuvent laisser échapper des braises par en dessous, ou sur les côtés. La sécurité n’est donc pas maximale. Enfin, il ne chauffera pas votre camp, c’est un instrument de cuisson essentiellement et ne doit pas être confondu avec un poêle (firestove), donc il restera hors de votre tente.

Le feu de camp

faire un feu de camp

C’est le feu tout ce qu’il y a de plus bête, au sol, dans la nature. C’est vraiment celui-ci qui est au cœur du débat, autant que l’invasion de la planète Naboo par la Fédération du Commerce, au Sénat Galactique (ndla, référence à Star Wars I).

Défini à l’article L131-1 du code forestier le droit d’allumer ou de porter un feu est strictement encadré.  Allumer, on voit tous ce que c’est, l’action de transformer de l’oxygène, une source de chaleur et un combustible, en un feu. Porter le feu, ou la flamme, est plus étrange. Cela pourrait impliquer qu’avoir un briquet, une allumette, un procédé autre qui peut allumer un feu, serait autant punissable ? Mais la langue française est pleine de mystère, en regardant un traité de jurisprudence impériale de 1852 (à chacun ses hobbies) on constate que porter le feu est utilisé notamment dans le cadre des braseros sur les navires marchands et militaires. Ils ont le droit de faire un feu à bord, sauf lorsqu’ils arrivent au port car tous les ports étaient en bois à l’époque et des braises pouvaient « porter le feu jusqu’aux habitations et bâtiments du port ». Porter le feu signifierait donc, allumer un feu à un endroit donné mais qu’à cause du vent par exemple, il porte quand même JUSQUE l’endroit où il est interdit d’en faire. On peut aussi penser que porter le feu signifierait le transport de brasero allumé, même aujourd’hui.

Par contre de nos jours, de nombreux lieux (via arrêtés municipaux) interdisent carrément le port de la flamme, donc là ça veut bien dire briquet et allumette interdits (quid du firesteel, si on veut être taquin il ne fait pas de flamme ?).

Quoi qu’il en soit, cet article pas forcément très clair, nécessite une analyse. On est content d’avoir un auteur qui était juriste dans le temps.

Première chose, il traite du feu proche d’une forêt, uniquement ce cas là. Donc pour tout ce qui est loin d’une forêt, n’ayant pas trouvé d’articles législatifs à ce sujet, il faut se tourner vers les arrêtés préfectoraux que nous verrons plus bas.

Deuxième chose, il interdit à quiconque n’étant pas le propriétaire du lieu ou autorisé par lui d’allumer un feu à moins de 200 mètres d’un bois ou d’une forêt.

Troisième chose, que l’on comprend par une lecture à contrario, le propriétaire d’un terrain (boisé ou non) -ou une personne autorisée par lui- peut allumer un feu sur son terrain, boisé ou non, à moins de 200m d’une forêt.

Ce troisième fait méconnu, est explicitement validé par plusieurs arrêtés préfectoraux qui précisent que sur la période estivale pour allumer un feu en tant que propriétaire dans cette zone, on peut le faire comme le reste de l’année mais sous certaines conditions (autorisation du maire, tuyau d’eau proche, surveillance…).

Cela étant dit, c’est super pour le bushcraft, il suffit de trouver un propriétaire sympa, ou d’être soi-même propriétaire pour se faire un petit feu, saucisses en plat et chamallows en dessert. Oui mais… vous le voyiez venir je suis sûr ?

La législation spécifique frein au feu pour tous

legislation faire du feu

Le législateur (le Parlement en clair) dispose des lois pour le territoire français. Mais il est autorisé localement à prendre des dispositions plus dures si elles protègent mieux les citoyens. Au niveau local en France, c’est la préfecture qui est le sheriff, l’agent du Parlement sur place. Elle prend des arrêtés, et c’est malheureusement ces derniers qui peuvent limiter le droit des propriétaires à faire du feu, dans le but de protéger des zones (bois, forêts) sur certaines périodes (l’été, période sèche). Bien entendu cela est fort compréhensible, c’est la population que l’on protège, les gens vivant là ont le droit de ne pas mourir brûler, du moins pas avant leur vraie mort.

Toutefois, tous les arrêtés préfectoraux ne se valent pas, voilà pourquoi il faut se tenir informé (chaque année s’il change, l’arrêté est publié en préfecture, sur le site de la préfecture et dans les mairies du département). Exemple pris pour les chanceux en Bretagne, département des Côtes d’Armor (22), arrêté de 2012 encore en vigueur. L’article 3 rappelle la loi générale : il est interdit de fumer de juillet à septembre, interdit de jeter des objets incandescents (mégots, allumettes, artifices). Jusque-là, rien de fou, on comprend bien le risque en été. Enfin, interdit à tous hormis les propriétaires, de faire du feu. La mention des 200 m a sauté, le préfet interdit donc le feu pour tout randonneur de passage, c’est clair. Sauf à avoir l’accord ou à être, le propriétaire.

L’article 4 redonne le sourire et nous rappelle agréablement que la Bretagne possède une excellente hygrométrie (taux d’humidité). L’organisation d’un barbecue, méchoui, feu de camp, est autorisé dans les bois et forêts à moins de 200 m, à conditions de : surveiller constamment le feu, ne pas le faire sous le couvert d’arbres, avoir une prise d’arrosage fonctionnelle à proximité (le hic pour le bushcraft au milieu de rien, mais je suis certain qu’avoir 2-3 seaux d’eau doit être négociable). Le seul petit hic vraiment embêtant, est qu’il faut l’autorisation écrite du maire d’avril à septembre (dans les bois et forêts).

Reste à savoir si l’autorisation peut valoir à vie (par exemple le lieu ne présente aucun souci, le maire donne son accord tant que la zone restera ainsi) ou si elle ne vaut que pour l’année en cours. De plus, si vous arrivez en tant que randonneur l’été sur un terrain dans le 22, même si le propriétaire le voulait il devrait d’abord solliciter le maire (au minimum lui passer un coup de fil pour avoir son approbation, au mieux lui demander un texto ou un email). Qui ferait ça pour un inconnu, si sympathique soit-il ? Seule feinte possible, que la personne ait reçu, dans un cadre bien précis, le droit de brûler des déchets forestiers ou verts mais abattus, par la mairie et pour la période donnée.

On observe que, même dans un département connu pour sa pluie, soit-disant récurrente, ce n’est pas la panacée. On comprend alors aisément pourquoi dans le sud de la France, moins béni que nous autres en hygrométrie, les préfets soient catégoriques. Exemple de l’arrêté de juin 2019 (tout chaud), département Alpes de Haute Provence (04) : en été, l’usage du feu en forêt ou à proximité est interdit ; le reste de l’année il est fortement réglementé et interdit si on n’est pas le propriétaire ; interdit à tous par vent fort ou sécheresse (indice IFM Météo France). Fin du débat.

J’en profite, cocorico diront certains, pour préciser qu’à Marseille chaque année, des centaines de scouts (enfants et adultes) de toute la France, dédient leur été à accompagner les pompiers dans la surveillance des feux de forêt dans le 13. Nous sommes des pyromanes conscientisés et cela fait plaisir à voir.

Reste-il de l’espoir ?

espoir et feu bougie

Oui en effet, ne perdons pas espoir, le feu (comme le camping) reste autorisé dans tous les lieux où il n’est pas interdit en France, avec l’accord du propriétaire. Donc si une commune vous autorise à camper quelque part (bords de rivière, site naturel, site touristique) et qu’elle n’interdit pas le feu (ni arrêté préfectoral, ni arrêté municipal ou panneaux sur place) alors vous pouvez faire du feu ! Ce n’est pas courant, mais cela arrive.

Dès qu’on sort de la bande de 200 m des bois et forêts, tout le monde se détend un peu. À ce jour je n’ai pas trouvé d’article législatif interdisant le feu en dehors des 200 m d’un bois ou d’une forêt. Vous me direz, il est rare de camper si loin d’une zone boisée, mais l’astuce tient dans la définition d’un bois et d’une forêt. L’arrêté préfectoral bien souvent en annexe définira ce qu’est un bois et une forêt pour lui (selon le code forestier). Le comptage se fait par densité de sol couvert par les arbres (au delà de 10 % c’est un bois), ou si la zone est récemment plantée, au nombre de jeunes tiges par hectare (au moins 500 tiges), en résumé. Si vous dormez au bord d’un GR ou d’une rivière avec une trentaine d’arbres autours de vous (200 m), dans un département qui n’interdit pas le feu en dehors de la zone des 200 m, c’est un bon début. La seule chose qu’on pourrait vous reprocher serait de ne pas avoir demandé au propriétaire. Il suffira de répondre que là, en plein milieu de la pampa, vous n’avez pas le cadastre sous les yeux et pas d’habitations proches, pour une nuit difficile de vous blâmer (mais pas impossible attention).

Cependant, petit piège, il existe une législation encore plus spécifique que la préfecture… la commune ! Le maire peut en effet interdire le feu dans des zones que le préfet n’aurait pas jugées dangereuses. Si on veut faire les choses bien, il faut donc appeler avant de partir en bivouac, la mairie du territoire visé. On peut aussi partir sans le faire et si on se fait attraper, prétendre qu’on ne savait pas, mais puisque nul n’est censé ignorer la loi en France, cela ne fonctionnera pas.

Après, là où je pense que c’est négociable, c’est en dehors de la bande des 200 m au bord d’un axe touristique fréquenté. Que vous dira le gendarme ou l’agent appelé (appelé par qui déjà, si vous êtes au milieu de rien) : au pire une amende (135€, amende de classe 4) parce que le feu était interdit par le préfet ou le maire ; au mieux un rappel à la loi, une demande sèche d’éteindre le feu immédiatement et une mise en garde « soyez partis au petit matin merci bonne nuit ». Je parle de négociation par expérience.

En pleine Dordogne un été où je descendais la rivière en radeau avec mes petits scouts, nous bivouaquions pour la nuit sur la berge herbeuse et spacieuse d’un loueur de canoës avec son autorisation. Les gendarmes se sont arrêtés, attirés par la mélopée de notre concert improvisé avec des van-campeurs allemands. Tout en restant dans leur voiture, ils se sont posés 5 minutes fenêtres ouvertes, sourire aux lèvres. Feu de veillée 20 m derrière (avec accord du loueur de canoës), pas un feu insouciant mais un bon feu pour 20 personnes. Absolument aucune réaction, pas même un rappel à la loi, pourtant je me doute que la Dordogne soit une zone un peu sèche l’été.

Il faut donc faire la part des choses, à mon humble avis, entre la législation, faite pour protéger de manière générale et non-discriminante, et le bon sens pratique dans une situation donnée. Une gestion dite « en bon père de famille » limitera bien souvent l’envie de vous mettre une amende, si malgré mes recommandations, vous avez choisi de faire un feu malgré tout dans une zone où il n’est pas autorisé (ou alors sans remplir toutes les conditions). Surtout que même si nul n’est sensé ignoré la loi, sur une itinérance je vois mal un gendarme dire « comment ? Vous n’avez pas appelé les 27 communes que vous traversez pour demander si un arrêté municipal anti-feu existait ?».

J’ai même réussi à offrir un café à un agent public dans les Alpes, avec mon petit feu posé sous un sapin solitaire dans un pâturage (le lieu était superbe). Pas fou, il est resté avec moi en souriant jusqu’à ce que je finisse mon chocolat, éteigne le feu, et plie le camp. Mais sans aucune suspicion ou sous-entendu d’amende quelconque.

À noter que, beaucoup de départements (pas la bande sud-est vous l’aurez compris) n’interdisent tous les feux que sur la période juillet-septembre. Cela permet de profiter des feux d’octobre à juin, à condition d’avoir l’accord du propriétaire. Ce qui peut se trouver ou se négocier si vous prouvez après avoir noué une franche relation, que vous êtes responsable et soigneux. En 6 ans de monitorat bushcraft et survie, j’ai même entendu un collègue, un seul mais cela est beau, me dire qu’il avait négocié un bois communal pour des week-ends survie, avec donc une mairie qui avait donné son accord (feu et tout le tintouin).

L’espoir demeure même plus que cela, c’est rare mais certaines communes ont mis en place des zones d’accueil du public (souvent près des GR, des refuges de moyenne montagne) avec dalle de béton ou barbecue en pierre. Dans de nombreux refuges où il est autorisé de dormir dehors (parfois à plus de x mètres, parfois à moins de x mètres) il est autorisé de faire le feu.

J’ai même entendu parler d’un refuge où, techniquement le feu était interdit (forêt à 50 m) mais quelqu’un avait bâti un beau rond de feu avec des sièges en pierre et en terre, un bel aménagement. À force de randonneurs allumant un feu à cet endroit, les gendarmes du peloton-montagne ont fini par arrêter d’y monter à chaque signalement de feu, devant l’absence de danger manifeste. Il est donc possible d’acquérir une tolérance par usage sécuritaire répété, incroyable non ?!

Le feu ailleurs c’est comment ?

bushcraft feu dans le monde

Pour ceux qui suivent un peu mes articles vous savez bien que la Terre Promise n’est pas si loin. Je parle bien sûr des pays scandinaves avec leur droit d’accès à la nature, qui sous certaines conditions, permet de faire un feu  (et camper) selon la zone et la saison. On peut également citer l’Estonie qui n’interdit pas le camping sauvage (alors qu’en Croatie vous pouvez être embarqué). En Écosse c’est précis mais possible, à condition de camper sur des champs privés non cultivés, mais pas dans le reste du Royaume Uni (sans parler du Brexit qui va peut-être limiter un peu les voyages, même si pour les Français cela devrait rester assez facile). Restent la Pologne ou, à défaut d’être autorisé, le camping sauvage n’est pas explicitement amendable ; et l’Espagne où, ce droit d’autoriser ou non, revient aux administrations régionales.

Par contre dans la plupart des pays étrangers, beaucoup de parcs nationaux sont interdits au camping sauvage. Il faut voir au cas par cas pour le bivouac, et le feu. Le top du top reste quand même les pays scandinaves qui ont une législation nationale (pas d’arrêtés locaux) pour le feu. La liste des endroits autorisés est claire et sut à l’avance. De plus, dans ces pays où la nature est un droit fondamental pour chacun, si de grandes zones sont à risque incendie (feu interdit), la commune installe des zones de bivouac autorisé avec un foyer pour le feu (béton, cheminée en pierre…) afin de ne pas priver les gens de ce besoin fondamental qu’est le feu.

Après tout, en pleine nature donc en plein périple bushcraft, pour boire l’eau d’une rivière de façon naturelle, l’ébullition par le feu reste la meilleure méthode. Si on peut pêcher ou chasser, ou qu’on a de la nourriture dans son sac, à cuire, sans feu c’est vite fait compliqué. S’il fait froid ou que des animaux sauvages un peu costauds rôdent, un bon feu vous permettra de dormir sereinement, rien qu’avec l’odeur (animaux) et la chaleur résiduelle (froid).

Cela me permet de conclure avec un message digne d’une fin d’épisode d’Ushuaïa. Si nous nous décidions à former les jeunes générations à pratiquer intelligemment et  respectueusement, la nature ; à faire des feux sans essence et avec des buts précis (pour cuire, pour la veillée, pour éclairer, pour se signaler) on assisterait à beaucoup moins de feux de forêt. Peu à peu, le législateur serait peut-être ouvert à créer un genre de permis de camper, délivré par une commission de pompiers, d’agents de l’ONF, pourquoi pas de moniteurs de bushcraft et de randonnée. Mettons, pour 15€ par an après une journée de formation sympathique à pratiquer les bons gestes (respect des végétaux vivants, gestion des déchets, feu raisonnable), on se verrait confier un permis de camper nous donnant accès à des zones naturelles boisées… ce serait le top et on n’aurait pas besoin d’apprendre le norvégien ou le suédois ! Certains y verraient le début d’une monétisation de la nature ou d’une limite d’accès, mais cela est déjà le cas (le risque d’amende est bien une monétisation, la limite existe puisque les beaux endroits n’autorisent pas le camping). Alors autant faire quelques concessions et commencer la pacifique reconquête de l’espace naturel français ?

À bientôt dans la verte !


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